Une ligne rouge internationale vient d’être franchie sur le théâtre militaire ouest-africain en ce mois de mai 2026. L’armée malienne et ses partenaires russes du groupe Africa Corps ont utilisé, pour la première fois de l’histoire du conflit, des bombes à sous-munitions dans les régions de Tombouctou et de Kidal. L’usage de ces armes aveugles, pourtant formellement interdites par le Traité d’Oslo ratifié par Bamako, fait peser une menace mortelle et durable sur les populations civiles.
L’apparition inédite de conteneurs de fabrication russe au Nord-Mali
Les forces armées maliennes (Fama) et leurs supplétifs russes d’Africa Corps ont mené au moins deux frappes aériennes d’une nature inédite au cours des cinq derniers jours dans le nord du pays. Cette escalade technologique s’avère capitale : elle marque une rupture doctrinale majeure dans la guerre qui oppose les autorités de transition aux groupes armés du Nord. Le recours à ces armes interdites témoigne d’une volonté de Bamako de saturer le terrain par le feu, quitte à s’affranchir des traités internationaux dont le Mali est pourtant signataire.
L’analyse technique des débris textuels et des preuves visuelles recueillies sur le terrain a permis aux experts en armement du site spécialisé Cat-Uxo d’identifier formellement le matériel largué. Il s’agit de bombes de type RBK-500-2.5contenant des sous-munitions ShOAB-0.5, deux modèles de fabrication russe massivement déployés récemment sur les théâtres d’opérations en Ukraine et en Syrie. Le principe de cette arme est dévastateur : le conteneur principal s’ouvre en plein vol pour libérer une pluie de 565 sous-munitions autonomes qui se dispersent sur des superficies gigantesques, détruisant tout sur leur passage.
Des preuves collectées sur le terrain par les rebelles de l’Azawad
Les deux bombardements incriminés se sont produits dans des zones pastorales et de transit. Le premier s’est déroulé le vendredi 15 mai 2026 à Oubder, près d’In-Gouzma (région de Tombouctou), et le second le dimanche 17 mai à Tadjmart, à proximité d’Aguelhoc (région de Kidal). Bien que l’armée malienne ait officiellement revendiqué ces raids aériens dans le cadre de ses « opérations antiterroristes », ses communiqués ont sciemment passé sous silence la nature de l’armement utilisé. Interpellé, l’état-major de Bamako a refusé de commenter l’information.
Sur place, les séparatistes du Front de libération de l’Azawad (FLA), actuellement acculés par l’offensive de la junte et temporairement alliés aux djihadistes du Jnim (Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans, lié à al-Qaïda), ont immédiatement réagi. Dans un communiqué publié ce mardi 19 mai, le FLA a condamné ces frappes et affirmé avoir collecté des restes de ShOAB-0.5 non explosées afin de constituer un dossier de preuves à destination des instances internationales. Les organisations de défense des droits humains, à l’instar du Collectif pour la défense des droits du peuple de l’Azawad (CD-DPA) dirigé par Tilla Ag Zeini, tirent la sonnette d’alarme face au péril imminent qui guette les enfants et les éleveurs nomades de la région, susceptibles de manipuler ces « petites billes mortelles » par ignorance.
Pourquoi c’est important
En mai 2026, l’introduction des bombes à sous-munitions au Mali change radicalement la donne humanitaire et géopolitique au Sahel. Le Traité d’Oslo, en vigueur depuis 2010, interdit ces armes parce qu’elles ont un taux de non-explosion au sol très élevé (les submunitions se transforment immédiatement en mines antipersonnel cachées). Selon l’Observatoire des mines, plus de 90 % des victimes de ces armes sont des civils, principalement des enfants. En violant ce traité, Bamako s’isole un peu plus sur le plan diplomatique mais démontre que l’influence tactique russe d’Africa Corps prime désormais sur le droit international pour pacifier le territoire, au risque de rendre des régions entières inhabitables pour les décennies à venir.
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Blocus de Bamako et guerre d’usure sur les axes routiers
Pendant que le Nord essuie des bombes à fragmentation, le Sud du pays subit la guerre d’usure des groupes djihadistes. Ce même mardi 19 mai après-midi, des éléments du Jnim ont tendu une embuscade d’envergure près de Faraba, sur l’axe routier névralgique reliant Bamako à la Guinée. Les terroristes ont intercepté et incendié au moins une quinsaine de véhicules, incluant des camions de transport de marchandises, des minibus et des voitures particulières.
Bien qu’aucune victime humaine ne soit à déplorer — les assaillants ayant forcé les passagers à descendre avant de mettre le feu aux cargaisons —, cette action spectaculaire démontre la volonté du Jnim de durcir le blocus économique décrété contre la capitale malienne fin avril. L’armée malienne tente de briser cet étau par des opérations d’escorte et des patrouilles mobiles, mais la paralysie progressive des grands axes d’approvisionnement accentue la pression économique sur la junte au pouvoir.
L’usage inédit de bombes à sous-munitions par l’armée malienne marque un point de non-retour dans la violence du conflit sahélien. En s’alliant aux méthodes de guerre russes les plus destructrices pour éradiquer la rébellion, le pouvoir de Bamako fait le choix de la terre brûlée, laissant derrière lui un territoire truffé de pièges mortels pour sa propre population. Alors que le blocus djihadiste asphyxie le Sud, cette dérive militaire au Nord interroge sur la capacité réelle de l’État à stabiliser le pays : la reconquête des territoires vaut-elle le sacrifice à long terme de la sécurité des civils ?
Pensez-vous que la communauté internationale doive imposer des sanctions directes au gouvernement malien pour l’utilisation de ces armes interdites par le Traité d’Oslo ? Donnez votre avis en commentaire et participez au débat !
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